CAR Response Blog

Humanitarian Communications

M'Poko, l'assistance et le handicap

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Journée internationale de l’humanitaire, un après-midi, soleil de plomb, à quelques mètres de la piste d’atterrissage. Un groupe d’ « humanitaires » se dirige vers le camp des déplacés de M’poko. En arrière-plan l’on voit des avions, Air France, Nations Unies, et l’on pense un instant à notre retour de mission. Que d’anecdotes à raconter! Un interprète rejoint le groupe, et le prévient. Il prévient que certains déplacés sont parfois en colère, que l’accueil sera peut-être différent de celui que l’on reçoit habituellement. Le groupe, c’est en fait trois jeunes femmes. Elles entrent le camp, entouré d’aucune barrière ni mur. Il ressemble à un vaste terrain vague, d’où surgissent des bâches, des tentes et des enfants, qui courent et qui s’arrêtent brusquement à la vue des cheveux roux de l’une des trois passantes. Les voilà arrivées à une tente, après un dédale dont le fil rouge est l’interprète. Six hommes et deux femmes sont assis. Ils sourient à la vue des étrangères mais aucun ne se lève pour les accueillir. Puis le regard de l’une descend vers la chaise sur laquelle est assis l’un d’entre eux. Des roues, une manivelle, et des yeux aussi grands que ses attentes. Apparaissent des béquilles, des membres atrophiés, des dos cassés, des vies rompues. L’un d’entre eux tient une guitare, l’autre des bâtons en métal. Le sourire du guitariste fait démarrer la chanson et une voix s’élève: « A tous les humanitaires, bon anniversaire ! »

Tous se mettent à chanter, d’autres les rejoignent et dansent autour d’eux. Les trois femmes, échangent des regards gênés lorsque l’un des chanteurs se lève, aidé de ses béquilles qu’il jette au sol. Puis la musique s’arrête, les sourires demeurent un instant et laissent place à des regards plus graves: le guitariste fixe l’une des femmes. Il commence : « Vous êtes sans ignorer qu’au moment de la crise qui a secoué le pays…nous, handicapés, nous sommes aussi des êtres humains et nous avons aussi essayé de sauver nos vies ». Il continue : « On a dû quitter notre demeure précipitamment et on est venu ici, sur le site de M’Poko ». Les membres du groupe HandiMusique se connaissent depuis longtemps déjà et lorsqu’ils se sont retrouvés sur le camp, il était évident qu’ils devaient créer, ensemble, « pour pouvoir amuser les gens sur le camp, les détendre ». Un autre membre du groupe poursuit « je suis non-voyant. Lorsque tout a commencé le 5 décembre 2013, j’ai voulu rester. Mais au 7 décembre, les tirs étaient constants et j’ai décidé de rejoindre mes « frères » ici sur le camp. On s’est senti un peu plus en sécurité, on est moins exposés que dans le quartier ».

Leur priorité ? Rentrer chez eux. Tous. Et rapidement. L’une des raisons principales est que le camp n’est pas adapté aux personnes handicapées, disent-ils.  « Là-bas on sait comment vivre au quotidien. Je peux me déplacer librement avec ma canne dans mon quartier, mais ici ce n’est pas possible ». « Rester ici sur place, c’est aussi un handicap ». On a une vie à part. Envers certaines organisations, on doit être reconnaissant. Lorsqu’il y a eu des distributions sur le site, on s’est retrouvé lésés, on était bousculé par les autres, on nous a dit d’attendre et on n’a rien obtenu ». « On est toujours optimiste, on essaie de surmonter le handicap. On peut faire quelque chose ; on ne veut pas seulement attendre que quelqu’un fasse quelque chose pour nous. On amène aussi notre pierre à l’édifice humanitaire ». S’ils ont un rêve ? « Plein ! mais le plus grand, partir faire des concerts en Europe, sensibiliser les gens, en Europe mais aussi dans notre pays, là où il y a encore des troubles, et aider à la cohésion sociale ». Mais il manque des instruments pour se développer et faire que la musique dépasse les seules limites du camp. Un dernier mot avant de nous quitter ? « On souhaite protéger les humanitaires qui viennent au secours de la population. Nous, la population, devons aussi les protéger ». Tous se taisent. Un avion décolle. La musique, à M’Poko, vit au rythme des avions.

 

 

M'Poko: facing displacement with disabilities

Translated by Susan Rodriguez

International Humanitarian Day, a blazing afternoon sun, a few meters from the runway. A group of "humanitarians" goes to the M'poko IDP camp. In the background we see airplanes: Air France, United Nations. For a moment it brings us back to the end of our mission in the country: what stories to tell friends!An interpreter joined the group and warns that some IDPs may be angry, that reception might be different from what one usually receives in the city. The group is actually three young women. They enter the camp, which is not surrounded by any fence or wall. It looks like a vast wasteland, from which arise tarpaulins, tents and children, running and stopping abruptly at the sight of one of the women’s red hair. They arrive at a tent after a maze led by the interpreter. Six men and two women are seated. They smile at the sight of foreigners, but none stands up to greet them. Then the look of one of the group looks at/observes the chair on which is seated one of them. Wheels, a crank, and eyes as big as his expectations. Crutches appear, atrophied limbs, broken backs, and broken lives. One of them holds a guitar, the other metal sticks. The smiling guitarist starts the song and a voice rises: "To all the humanitarians, happy international day!"

All burst into song, others join and dance around them. The three women exchange embarrassed looks when one of the singers rose, helped by his crutches that he throws to the ground. Then the music stops, smiles give way to more serious looks: the guitarist stares at one of the women. He begins, "You are not unaware that at the time of the crisis that shook the country ... we, the disabled, we are also human beings, and we have also tried to save our lives." He continues, "We had to quickly leave our homes and come here to the M'Poko site." Members of the group HandiMusique have known each other for a long time and when they found themselves at the camp, it seemed only natural to make music together "in order to entertain people at the camp and help them relax." Another member of the group continues, "I am blind and when everything started on December 5, 2013, I wanted to stay. But on December 7, the shooting was consistent and I decided to join my "brothers" here at the camp. We felt a little more secure here as it is less exposed than the neighborhood.”

Their priority? Go back home. All of them. Quickly. One of the main reasons is that to them, the camp is not suitable for disabled people. "Over there, we know how to go about our daily lives. I can travel freely with my cane in my neighborhood, but here it is impossible." "Staying here on site is also a handicap." “We have a different life. We feel grateful towards certain organizations,” He added, “When there were distributions on the site, we found ourselves wronged; we were jostled by the others, we were told to wait and we got nothing." “We are still optimistic, we try to overcome our handicaps, and we can do something. We don’t want to wait for people to do it for us. We also want to contribute to humanitarian action.”  Do they have dreams?  “Many! But the biggest dreams: playing shows in Europe, raising awareness in Europe and also in our country, where there are still problems, and helping social cohesion." “We lack instruments to improve and allow our music to reach beyond camp boundaries.” One last word before we leave? "We want to protect humanitarians who come to help people. We, the people, must also protect them." All are silent. A plane takes off. Music at M’Poko goes with the rhythm of the airplanes.