CAR Response Blog

Humanitarian Communications

Cash for Work ou l’apaisement communautaire

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Immédiatement après la crise qui a frappé la République Centrafricaine, certains quartiers de la capitale sont demeurés désertés le temps que les esprits s’apaisent, que les rancœurs s’atténuent. L’heure était venue de revivre, ensemble, chez soi, avec l’Autre. Un besoin intense de main d’œuvre s’est fait sentir afin de rebâtir, de nettoyer le quartier, et de tourner la page. L’action « Cash for work » débutée il y a un peu plus d’un an, a servi à soutenir le relèvement immédiat des communautés affectées par le conflit, et a notamment permis d’encourager la revitalisation de l’économie locale, faciliter le début d’une activité génératrice de revenus pour les ménages dits vulnérables et intensifier le dialogue entre les différents membres de la communauté.

Les bénéficiaires travaillent par équipe durant des périodes de 10 jours, pour une rémunération de 25,000XFA (48EUR). Certains, et pour beaucoup des femmes, ont ainsi pu débuter une activité telle que le braisage de poissons et subvenir aux besoins de leur famille. Rencontre avec les acteurs de leur vie.

Un lundi matin, des centaines de personnes attendent devant un bâtiment, qui semble inoccupé.

photo: Susan Rodriguez/IOM

350. Ce sont 350 histoires, 350 personnes qui sont prêtes à entendre leur nom. Christophe Bapaye, chrétien et chef du quartier Brazza dans le 5ème arrondissement à Bangui explique le déroulement de la sélection des bénéficiaires pour chaque rotation, tous les 10 jours. Les plus vulnérables sont choisis : les femmes cheffes de ménage, les membres de minorités ethniques, les personnes handicapées ou atteintes du VIH, les jeunes mamans, … Pour l’un des chefs de quartier dans le 3ème arrondissement, Moussa Barde, le chef musulman, il y a bien des critères de sélection mais finalement, « tous sont vulnérables » ajoute-t-il. A la tête de son quartier depuis plus de 12 ans, il se souvient de la crise qu’il a vécue, en tant que chef de la population mais aussi en tant qu’homme : les deux états sont indissociables. L’homme, menacé durant la crise parce qu’il a parlé à l’ennemi, doit surmonter ses peurs pour calmer la situation, pour calmer sa population. Moussa Barde quant à lui, raconte les tentatives d’assassinat à son encontre et ses rencontres avec les autres chefs, de toute confession.

Sur une population de 3000 habitants, seule une centaine est restée dans le quartier au plus fort de la crise. Une fois terminée, elle a laissé derrière elle des orphelins, des veuves, et a retiré le peu que beaucoup avaient. Le programme « Stabilisation Communautaire »  financé par l’Union Europeene a permis de redonner l’espoir, de redémarrer des vies interrompues, et de ramener les populations chez elles. L’initiative qui implique le nettoyage des routes et des espaces communs aussi bien la réhabilitation des infrastructures dites communautaires (marchés, écoles, centres de santé, etc.) a pourtant été dénigrée à ses débuts. C’est lorsque des enseignants, des fonctionnaires ont commencé à y participer que tous ont voulu être impliqués. Aujourd’hui plus de 17 000 personnes ont bénéficié de cette activité, et plus de 3500 étaient sur la liste d’attente fin juillet 2015.

L’activité a permis à certains qui avaient fui dans les pays voisins de revenir au sein de leur quartier. En guise de conclusion, c’est avec pudeur que l’on demande au chef Moussa si cela a pu aider « un peu ». Un peu ? Non, cela a tout changé.

*En étroite collaboration avec les autorités nationales et locales centrafricaines et en s’appuyant sur les résultats des plateformes de coordination humanitaire dans le pays, les activités débutées dans le cadre du projet «Support à la stabilisation et au relèvement immédiat des communautés à risque de Bangui», financées par l’Union Européenne, se concentrent depuis plus d’un an sur les 1er, 2ème, 3ème, 4ème, 5ème, 6ème et 8ème arrondissements de la capitale, puis seront étendues prochainement à d’autres villes du pays grâce au renouvellement récent du soutien par l’Union européenne.

Cash for work or Community healing

Translated by Susan Rodriguez

Immediately after the crisis in the Central African Republic, some districts of the capital remained deserted as tensions calmed and resentment subsided. The time had come to live again, together, at home, with the Other. Labor was urgently needed to rebuild, clean neighborhoods, and turn the page. "Cash for work" activities started a little over a year ago, to support the immediate recovery of communities affected by the conflict and has notably encouraged the revitalization of the local economy, facilitated the beginning of income-generating activities for vulnerable households, and strengthened dialogue among community members.

Beneficiaries work in teams for 10-day periods, earning 25,000 XFA (48 EUR). Some, and for many women, were able to start a small income-generating activity such as braising fish and provide for their families. Once again, they can have ownership of their lives.

One Monday morning, hundreds of people wait in front of a seemingly empty building.

350. These are 350 stories, 350 people who are ready to hear their name. Christophe Bapaye, a Christian and leader of the Brazza neighborhood in the 5th District of Bangui explained the procedure for the selection of beneficiaries for each 10-day rotation. The most vulnerable are chosen: female heads of household, members of ethnic minorities, people with disabilities or living with HIV, and young moms. For one of the neighborhood leaders in the 3rd District, Moussa Barde, a Muslim leader, there are also selection criteria but… "they all are vulnerable," he adds. As the head of his neighborhood for over 12 years, he remembers the crisis he has experienced, as the leader of his community, but also as a man. The two roles are inseparable. A man, threatened during the crisis because he talked to the enemy, must overcome his fears to calm the situation. Moussa Barde recounts the assassination attempts against him, his meetings with other leaders of all faiths. Of a population of 3000 inhabitants, only one-hundred remained in the neighborhood at the height of the crisis. After the crisis ended, it left behind orphans and widows with very little. "Cash for Work" helped restore hope to restart interrupted lives and bring people home. The initiative, which involves cleaning roads and public areas and the rehabilitation of community infrastructure (markets, schools, health centers, etc.), was not initially popular. But when teachers and officials began to attend – everyone wanted to be involved. Today more than 17,000 people have benefited from cash for work activities, and more than 3,500 were on the waiting list late as of July 2015. The activities have allowed some who had fled to neighboring countries to return to their neighborhood. In conclusion, one timidly asks Chief Moussa if the project has helped "a little." A little? No, it changed everything.

* NB: In close coordination with national and local authorities and based on humanitarian coordination within the country, activities under the EU-funded project " Support to the Stabilization and early recovery of communities at risk of Bangui," focused on the 1st, 2nd, 3rd , 4th, 5th , 6th and 8th districts of the capital. The project will soon be extended to other cities of the country through the recent renewal of support by the European Union.